Que faire face à la souffrance intenable ?

Que faire ?
Cette femme de plus de 60 ans, sous oxygène dans le nez, accrochée par sa main gauche à sa poignet métallique en hauteur qui sert de rehausseur, peine à respirer. Puis-je avancer vers elle ? En 1 regard, le Oui immense, désemparé me tire vers sa chambre. 
Je comprends la situation désespérée. Cette femme si maigre, douloureuse, abandonnée à sa situation grave de patiente en pneumo.
Elle me dit combien voir le psy l’aidait. Ça tombe bien je suis là, je pense. 
Tu sais. Je suis là aussi pour tout entendre, je lui dis.
Elle semble heureuse de ma phrase. 
Sa fille analyse vite la situation : je vous laisse ! 

Je m’assieds dans son lit à ses côtés. 
Seule face à sa maladie abyssale, que lui dire ? 
– Tu t’accroches à quoi avec ta main qui ne lâche pas cette poignée ? 
– Je ne sais pas ? 
– A la vie ? 
– Ah Non 
– A l‘amour ? 
– Non. 
– A quoi ? 

Elle ne sait pas. 
Rien. Elle se cramponne. 
– Il y a un endroit que tu aimes ? 
Comme elle me confie aimer la mer, je sors mon tambour des océans, avec petite musique douce. Nos échanges sont si beaux quand je lui demande : peux tu mettre à l’eau tous les mots qui l’encombrent en ce moment ? 
Elle nomme : Maladie, trahison, douleurs … 
Est-ce que je vais rebondir sur ses ombres et ses désespoirs ? Je décide que Non. Je laisserai cela au psy car je n’ai pas le temps de plonger avec elle. Je suis de passage et ma fonction est ailleurs. Je veux plutôt lui proposer de la sortir de l’eau par sa verticalité. 

Je décide alors de choisir ses ressources pour qu’elle sente dans ses cellules un profond bien-être, une joie au plus loin dans son être, elle qui n’est que souffrance et tensions apparentes. 
– Peux -tu lâcher ta poignée ? 
– Oh … oui. 
– Ferme les yeux. Écoute la mer. Je t‘invite à ressentir que tu es goutte d‘eau dans l’océan
. Le ressac de la mer emmène cette goutte.
Oui, il pourra y avoir encore la tempête, les roulis boulis, mais il y aura aussi l’immensité.. Et la goutte se sent portée. Ressens en toi que tu es même l’océan… 
Peux tu ressentir ?
Elle ouvre les yeux immenses . 
– Oui. 
– Alors poursuis ! Flotte. Libre. 
Inspire tu es goutte 
Expire tu es océan. 
Inspire le calme. 
Expire,  tu es apaisée. 
Inspire, tu es goutte 
Expire, tu es océan. 

Elle savoure en respirant comme elle peut. 
Cette femme est épatante. Je la sens s’ouvrir à quelque chose de plus grand que son corps. 

– Peux tu ressentir en toi ce qui se passe dans ta vie ? (Je repense au mot trahison). 
– Tu es peut-être cassée ? 
– Ah oui. C’est ça. 
– Alors comme cet art japonais, peux tu remettre de l‘or sur les cassures, mette des fils d’or dans ton cœur ? 

Tandis que je l‘incite à le faire je lui demande très rapidement :
– c’est bien ? Ça marche ? Est-ce juste pour toi ? 
– Non. 
– Ah ? 
– Je ne veux pas mettre d‘or à la place. 
– Alors ok. On va faire mieux. 
Inspire, ton cœur est cassé.
Expire, c’est ainsi. Mon cœur est cassé. 
C’est bien ainsi  ? 

– Oui. 
– Alors fais-le tant que tu peux. Continue à le répéter jusqu’au moment où tu auras accepté que ton cœur soit cassé.
C’est comme ça. Il est cassé et tu es d’accord.
 

Elle le fait longtemps. Elle ouvre les yeux. 

– C’est ok ? 
– Oui. 

On est dans un temps suspendu. 
– Tu veux connaître le secret du bonheur? 
– Oui
– Lâche ! Lâche ta maladie, lâche ton nom, lâche ta peur, tes croyances. … Qui serais tu sans cela ? 

Elle me regarde. 
– Peut être simple goutte d’eau dans l’océan ?
Elle me dit qu‘elle n’avait jamais vu ça comme ça. 
– Si tu peux changer de regard sur ta maladie, tes cassures,  tu imagines la liberté et le bonheur que tu pourrais toucher ? 
Elle semble ne pas en revenir. 
Tout ce libre-arbitre menant vers la joie -paix, d’un seul coup offert, c’est sûrement sa seule liberté. Enfin une sortie possible dans une vie infernale. 

Alors, je poursuis le doux chant de la mer. Puis réalité  brutale. Elle a mal. Comme elle s‘est débranchée et comme elle est très douloureuse je me précipite vers l’infirmière qui vite fait le bon geste médical. 
J‘en profite pour aller voir sa fille qui pourra poursuivre ce qui l’a tant touchée. rappelle lui : tu es goutte d’eau dans l’océan
Je reviens ensuite vers elle. 

– Si tu l‘as touché, même qu‘une seconde, tu peux entrevoir le chemin du bonheur. Mais qu’il est fin et délicat. (…)
Tu es merveilleuse, tu sais. De l‘avoir senti. C’est incroyable.
 
Elle me dit ah bon ? Avec ses grands yeux je sens qu’elle elle a senti l’immensité. 
Petit corps.  
Je lui remets une carte avec l’ordonnance du docteur de la joie. 
Cohérence cardiaque en écoutant la mer 
Se rappeler qu‘elle est goutte d’eau et océan en même temps. 
J’encourage aussi les 2 applications Petit Bambou et melodiathérapy pour qu‘elle soit accompagnée. 

Je sors. Elle est allongée. Si Lumineuse.
Plein de sourires et de mercis sortent de sa bouche. Et l‘espoir. L’espoir d’être détendue dans une situation si tendue et terrible. 
Mon cœur est tant touché de la voir ainsi. 
Oui, elle a basculé. Mais saura-t-elle retrouver le chemin, une fois seule dans cette nuit noire ? Je ne sais pas et ce doute me pince le cœur.

« Si on ne peut pas changer la vie on peut changer le regard qu’on a sur elle.« 
Voilà en tout cas , la philosophie des Neztoiles transmise. 

Même si je doute de la suite, je sais qu’ un chemin de joie délicate au plus profond de soi, malgré la souffrance est encore possible.
Ce chemin est mince. 
Mais il est toujours là . 

Le secret pour le vivre ? Toucher l’immensité. 

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4 commentaires

  1. Quel magnifique accompagnement ma belle Anabelle ! Comme j’ aimerais une telle rencontre quand je serai à la porte de ma mort…Tu es tellement lumineuse.
    Merci d’ exister !

  2. Merci pour ce que tu partages ici et que tu offres au Monde. Tu es Amour et chaque goutte d’eau nourrit l’océan dans lequel nous baignons toutes et tous. Merci
    Loup d’eau

  3. Magnifique récit de ta sensibilité, de ce que tu apportes au monde. C’est énorme d’avoir aidé cette femme à touchez du doigt le bonheur, le lâché prise, dans un contexte ou chaque minute compte. Tu es une chance, une étoile guidante pour chaque personne qui croise ton chemin. Merci pour ce que tu fais, merci pour ces beaux partages.

  4. L’immensité m’a enseignée sur l’Amour, la joie , la légèreté, la simplicité et tant d’autres choses … cette énergie divine qui circule en nous nous sécurise, il y a toujours de la lumière en nous, même si certaines personnes ne l’a voit pas. Apprenons à la ressentir !
    Merveilleux moment vécu avec cette femme si gravement malade …, ce texte écrit avec le cœur est 1 bel espoir.

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